Volutes : dessiner à la craie pour conquérir sa liberté

15/01/2026

En 2015, j'ai réalisé un livre qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais fait auparavant.

Il s'appelle Volutes.

Ce livre est né d'un trop-plein. Quinze années de créativité bridée, contenue, polie, canalisée dans des cadres acceptables. J'allais bien. Ma vie allait bien. Et pourtant, il y avait « un tout petit quelque chose là » ( en montrant mon cœur) qui me faisait mal.

C'est pour ce « tout petit quelque chose » que Volutes existe.


Un livre né après Le long du canal Saint-Martin

Avant Volutes, j'avais réalisé un premier livre auto-édité : Le long du canal Saint-Martin.

Ce projet m'avait appris une chose essentielle : aller au bout

Aller jusqu'à l'objet livre. Jusqu'à l'impression. Jusqu'aux 150 exemplaires.

Mais une fois ce cap franchi, quelque chose résistait.

Je ne supportais plus de travailler sagement, assise à mon bureau, penchée sur une table lumineuse. J'avais envie de sortir. De respirer. D'exprimer ma créativité en grand. Littéralement.

Volutes est né de cette envie de renaissance radicale.


Dire « tout va bien » et entrer en analyse

Volutes est une bande dessinée autobiographique qui raconte mes premiers mois d'analyse.

J'y suis allée en disant :

« Tout va bien. » Et c'était vrai.

Mais j'ajoutais :

« Il y a juste un tout petit quelque chose là, qui me rend triste. »

Cette première analyse n'a duré que trois mois. Elle a pourtant été décisive. J’ai découvert que je censurais 99% de mes pensées. Un filtre intérieur réglé sur « sélection maximale ». Je n'exprimais que ce qui me paraissait sans danger.

Cette auto-censure m'empêchait d'être libre.

Elle allait de paire avec l’étouffement de ma vocation artistique, rangée depuis toujours dans une petite case bien fermée.


Dessiner dehors : un choix radical

En dessinant les bâtiments pour le livre sur le canal Saint-Martin, j'ai découvert avec un peu de surprise que j'étais tétanisée à l'idée de sortir mes crayons dehors alors qu’il n’y avait objectivement aucun risque à le faire. J’ai découvert que j’avais peur d’être créative dans l’espace publique.

Alors j'ai pris une décision radicale : dessiner tout le livre dehors.

Accroupie sur les trottoirs de Paris.


J'ai choisi la craie parce que ce n'est pas illégal, parce que ça disparaît avec la pluie, parce que c'est fragile — comme ce que je racontais. Craie blanche sur bitume sombre, et du bleu. Un bleu qui m'a rappelé les paquets de cigarettes sans filtre que fumait mon père. Cette iconographie m'a menée jusqu'à reprendre celle des paquets de Gitanes pour la couverture du livre.


Le tabac, l'hôpital Saint-Louis et la symbolique

J'ai dessiné Volutes le long de l'hôpital Saint-Louis, dans le 10ᵉ arrondissement de Paris.

Ce n'est pas un hasard.

L'hôpital est spécialisé en cancérologie.

À l'époque, je rapprochais mon auto-censure de mon addiction au tabac. Aujourd'hui, je sais que ce n'est pas si simple. Mais le lien était là. Confus. Intime. Puissant.

Je dessinais près de chez moi aussi, parce que j'avais des enfants en bas âge. Ils avaient 3 ans et 9 ans. Parfois, ils m'accompagnaient. Je les laissais dessiner sur les cases photographiées. Avec eux, j'avais moins peur. Parce que les enfants, on les laisse dessiner dehors.


Travailler dans la rue : peur et humanité

Dessiner dans la rue, c'est s'exposer.

Les gens parlent. Regardent. Commentent.

Certains m'ont dit des choses gentilles. D'autres se sont lâchés.

Une journaliste a voulu m'interviewer. J'étais incapable d'articuler trois mots. Mais j'y retournais courageusement. Encore et encore. Chaque dimanche pendant plusieurs mois.


Un livre radical, une œuvre fondatrice

Avec Volutes, j'ai eu l'impression de faire une œuvre.

Pas seulement un livre.

Je ne mets pas Volutes en concurrence avec Le long du canal Saint-Martin. Dans l'un, j'étais illustratrice-autrice-documentaliste (c’est déjà pas mal). Dans Volutes, j'étais une artiste. Et sans le savoir, une street artiste.


Créer un livre versus le vendre

Avec Volutes, j'ai appris quelque chose d’important pour ma professionalisation :

ce qui me passionne, c'est de créer. Pas de vendre.

Des années plus tard, avec Mes Lettres Dessinées, j'ai déplacé les curseurs.

Financer un projet avant de le réaliser est devenu ma règle.


Une reconnaissance inattendue

Ma cousine, psychologue, a adoré Volutes.

Et Jean-Charles de Castelbajac a accepté de me faire une dédicace pour la préface.


Pourquoi mettre Volutes en lumière 11 ans après ?

Volutes est un livre manifeste.

Un livre imparfait, radical, profondément sincère.

Aujourd'hui, il me reste quelques exemplaires.

Je choisis de les remettre en lumière dans le cadre de mon année 10 ans 10 évènments parce que ce livre est la racine de tout ce que je fais et qu’il peut maintenant éclairer le monde.

« Un vrai trésor d'originalité et de sincérité. Un cadeau parfait. »